Grimpette, l'interview : une ode à la liberté.

Une ode à la liberté, un hymne consacré à cette quête du dépassement de soi tout en préservant l’âme de l’enfant qui n’a jamais quitté sa bicyclette. C’est l’essence de Grimpette, un duo formé par Magali et François, deux assoiffés de vélo et de photographie. Alors que nous venons tous de vivre une année 2020 rythmée par les confinements successifs, cet entretien offre une parenthèse bienvenue, et inspirera sûrement les plus téméraires lorsque des jours meilleurs arriveront.

1. Le vélo. Lorsqu’on se rend sur vos réseaux sociaux, on sent bien que ce mode de déplacement vous galvanise plus qu’un autre. S’agit-il d’un produit de l’enfance ou d’un appel qui s’est manifesté sur le tard ?


François : En ce qui me concerne c’est vraiment quelque chose qui me vient de l’enfance. J’ai beaucoup pratiqué le BMX avec les copains dans mon quartier, même si le déclic est arrivé à l’adolescence, où j’ai commencé à véritablement sortir avec la randonneuse de mon grand-père, ou le vélo de route de mon père. Ce sont mes premiers petits voyages, comme par exemple cette virée sur la côte normande d’une quarantaine de kilomètres. Partir avec des sacoches et une carte sur le guidon m’a immédiatement enthousiasmé, j’ai trouvé ça magique. Lorsque tu montes sur ton vélo tu redeviens un gamin.


Magali : Je dirais que c’est arrivé plus tard. Citadine, je n’avais pas à ma disposition de moyen de transport motorisé pour me déplacer, mais j’avais par contre un vélo en mauvais état dans mon garage. C’est François qui l’a retapé il y a quelques années. Pour la piétonne que j’étais, ce mode de transport allait modifier mon rapport à la ville. Lorsque j’ai rencontré François il avait une pratique plutôt intense du vélo, et c’est quelque chose qui m’a fasciné car j’avais l’impression qu’il avait une liberté que je n’avais pas. C’est ce qui m’a donné envie de faire la même chose, c’est-à-dire de pouvoir partir à n’importe quelle heure de la journée, de la nuit, de partir loin et longtemps. Voilà, c’est comme ça que c’est né.



2. Grimpette, ou l’aventure de Magali Paulin et de François Deladerrière. Comment le projet est-il né ?


François : J’ai du mal à répondre à cette question. Néanmoins, je crois que le projet est né en Ecosse, lors de notre premier voyage itinérant le long de la côte des Highlands. On est partis une bonne semaine avec les sacoches où on a rallié l’île de Skye depuis la ville de Thurso, dans le nord. Des photos et des vidéos ont été réalisées, et je dois dire que nous avons été charmés par le rendu final, une histoire s’est vraiment dégagée de l’ensemble.


Magali : L’Ecosse c’était en mai 2017. François avait déjà un compte où il publiait les images de ses sorties, et c’est à cette époque que j’ai créé mon propre compte Instagram. Nous sommes photographes tous les deux et j’avais également envie d’immortaliser ce voyage. Il faut dire que la photo nous accompagne au quotidien. En regardant par la suite toutes les images et vidéos qui avaient été prises on s’est dit qu’il y avait peut-être quelque chose qui se jouait, qu’on pouvait partager. J’ai proposé le nom “Grimpette”.


François : Concernant le nom, c’est vrai qu’au départ c’était celui du compte Instagram de Magali. C’est marrant car par la suite on a cherché à créer une entité ensemble, et finalement c’est sous le nom de Grimpette que ça fonctionnait le mieux. On trouvait que ça sonnait très bien, également car ça ne faisait pas trop sérieux. Il y a beaucoup d’amusement dans ce que nous entreprenons, et c’est ce que nous essayons de conserver.


3. Si certains emploient leur bicyclette pour un usage vélotaf qui se veut plutôt urbain, Grimpette semble en revanche tournée vers les grands espaces de plein air. Quel est votre rapport à l’outdoor et à la pratique du vélo dans ces milieux sauvages ?


Magali : Pédaler dans les grands espaces nous est venu naturellement. Comme on le disait précédemment, le projet Grimpette est né en Ecosse car on s’est retrouvés face à des paysages incroyables qui nous ont inspirés. Je ne sais pas si nous sommes liés aux grands espaces dans ce que nous transmettons, ou dans notre pratique. Nous ne vivons simplement pas en ville, donc nous avons la chance de pouvoir partager nos paysages du quotidien, qui sont les Alpilles, la Camargue, le Lubéron, ou encore le Vaucluse. Le Ventoux, pour ne citer que lui, est à moins d’une heure d’Arles en voiture. Ces paysages sublimes nous les avons à portée de roue, à côté de la maison.


François : Nous vivons à Arles, qui est une toute petite ville, et nous sommes donc au contact de la campagne très rapidement. En parcourant seulement 2 kilomètres, que ce soit en route ou en gravel, nous atterrissons déjà sur les chemins et sur les petites routes de brousse. Notre pratique est immédiatement tournée vers le vélo-nature. Je suis également attaché à la randonnée, j’ai fait pas mal d’alpinisme, et le vélo c’est aussi une manière de me rapprocher de la montagne que j’affectionne.



4. Au-delà du deux-roues, vous couvrez vos échappées avec de la belle image. Dans l’équipe, qui se charge de la photographie et quel matériel utilisez-vous ?


Magali : Grimpette est un duo de photographes, donc nous produisons tous les deux des images. Nous shootons à tour de rôle, ou en même temps, tout va dépendre du matériel avec lequel nous travaillons et des raisons pour lesquelles nous réalisons les photos. Selon la destination des contenus on peut bosser avec un téléphone ou un appareil photo réflex, en l'occurrence un Canon 6D. Nous tenons à produire des images en plein format pour avoir une qualité correcte et les retravailler en post-traitement.


François : Il y a une chose qui nous plaît particulièrement, pouvoir dépasser le regard individuel. Quand je prends une photographie de Magali, on se rend bien compte que c’est moi qui suis à l’origine de la photo. Cependant, il y a de nombreux moments où nous réalisons des photos de paysage, et il arrive parfois qu’on ne puisse plus identifier l’auteur du cliché. On peut dire que nous avons un regard commun. Dans ce projet Grimpette, ne pas signer nos images par notre nom mais par celui de notre entité est assez plaisant.


5. Sans entrer forcément dans le détail de la statistique pure, combien de kilomètres parcourez-vous par an ?


Magali : C’est exponentiel, cela fait 4 ou 5 ans que je fais du vélo, et le nombre de kilomètres réalisés augmente année après année. En 2019 j’ai pédalé 6000 bornes, en 2020 environ 7000, et encore il y a eu le Covid. Cette année j’aimerais bien faire 8 ou 9000 kilomètres (rires).


François : Il y a quelques années que j’avale à peu près 10 000 kilomètres à l’année, même si l’an passé avec le Covid j’étais plutôt autour des 8000. Ce qu’il faut souligner, c’est que le fait de vraiment calculer la distance accomplie est venu de l’utilisation des réseaux, de Strava. J’ai fait du vélo pendant 20 ans sans avoir une idée précise de mon kilométrage annuel.



6. La Grande Traversée des Alpes, c’est l’un de vos imposants projets du moment. Vous pouvez nous en parler ?


François : On peut dire que c’est un projet qui démarre sur les cartes géographiques car nous aimons ça. En plus, il fallait bien se demander de quelle manière nous allions pouvoir traverser les Alpes. Cette trace, nous l’avons réalisée car nous avions à coeur de la dessiner nous-mêmes. Nous avons divisé notre aventure en 3 grands morceaux, pour environ 2000 kilomètres d’aventure. Une première étape de Vintimille à Modane, puis une seconde étape réalisée l’été dernier de Saint-Michel-de-Maurienne aux confins de la Suisse, à Pontresina. Et la dernière étape, que nous aimerions boucler cet été, qui nous mènera de la Suisse à Ljubljana, avant de terminer à Trieste.


Magali : Pour rebondir, François est l’auteur principal de la trace car c’est lui qui est le plus compétent pour interpréter une carte. Pour La Grande Traversée nous avons choisi le gravel car il nous permet d’avoir plus de liberté dans le choix des chemins que nous avons à parcourir. Nous avons emprunté des portions de route, des pistes, par moment nous avons même dû pousser pour pouvoir passer, nos vélos étant très chargés. Cette trace n’est pas parfaite, c’est simplement la nôtre. L’idée c’était aussi de traverser la totalité du massif. Il faut également préciser que nous avons divisé notre aventure en 3 grands morceaux car nous n’avions pas énormément de temps, et que physiquement je ne me sentais pas totalement prête pour avaler 2000 bornes d’une seule traite.



7. Sur le plan sportif, comment on prépare une telle aventure ?


Magali : Il faut rouler ! ahah


François : Comme on l’évoquait dans une précédente question il y a une part d’amusement donc nous n’avons pas un entraînement spécifique. Nous n’avons pas d’exercices particuliers.


Magali : Nous n’avons pas un plan d’entraînement spécial Grande Traversée.


8. Le matériel est également une variable prépondérante lorsqu’il faut s’élancer sur des sentiers d’altitude, qui plus est pour une course au long cours. De quelle façon avez-vous choisi votre équipement ?


François : On connaît un cadreur à Turin, Stefano, qui conçoit des vélos sur-mesure pour la marque Ciclitorino. Lorsqu’on lui a évoqué notre projet il nous a recommandé un gravel qu’il avait spécialement dessiné pour un Turin-Nice, vélo totalement adapté à notre traversée. Nous avons acheté ce premier gravel et en avons commandé un second. Ces vélos sont en acier avec une géométrie assez proche du VTT, ils possèdent un double-plateau avec un développement qui est également très similaire à du VTT. On a un 24x36 à l’avant et une cassette 11 vitesses 11x42 à l’arrière qui nous permet, dans les passages très caillouteux et très raides, de continuer à mouliner même chargés. Ce sont des vélos bien faits qui sont dotés de nombreux inserts, d’un système de visserie important sur le cadre, y compris sur la fourche pour pouvoir y placer des portes-bagages et des sacoches. Nous avons des roues de 27.5 pouces.


Magali : Lorsqu’on part pour une longue virée le poids est une variable vraiment déterminante. On essaie le plus possible d’être précis sur la liste de l’équipement à emporter pour ne pas prendre de choses superflues. Sur la seconde étape, par exemple, je n’ai pas pris un livre que j’avais avec moi lors de la première étape car le soir je suis trop fatiguée pour lire.


François : Il faut également dire que nous avions déjà l’expérience du bivouac en montagne, ce qui nous a aidé à optimiser l’équipement que nous avions à prendre.




9. Auriez-vous une anecdote, un souvenir de terrain, à partager avec nos lecteurs ?


Magali & François : Nous étions en train de grimper le col de la Bonette par une route goudronnée secondaire lorsque nous avons aperçu un renard devant nous. Il était à l'affût lorsqu’il a sauté sur un bébé marmotte. Et alors que toutes les marmottes présentes autour du petit sont en train de crier, car paniquées, un aigle plonge sur le renard pour l’attraper. L’aigle loupe le renard mais ce dernier se trouve obligé de lâcher la petite marmotte. C’est une image marquante de la nature qui se donnait en spectacle.


10. Un livre est en préparation, bravo ! Sans nous détailler tout son contenu, réaliser un ouvrage sur votre trip doit-être excitant ?


François : C’est encore un petit peu abstrait. Pour le moment nous récoltons de la matière, c’est-à-dire des photos, des notes, des cartes, etc. Nous avons demandé de l’aide à un ami graphiste qui va bosser avec nous sur ce projet. Ce regard extérieur est important.


Magali : Ce sera un livre de photographie étant donné que nous sommes photographes, et que ce nous souhaitons partager ce sont des images. Nous réfléchissons également à la façon de retranscrire cette trace à travers de la cartographie. Je ne sais pas ce qu’on peut dire de plus sur le livre hormis le fait que nous allons réaliser la dernière étape à l’été 2021, et que nous aimerions publier l’ouvrage dans la continuité de ce dernier morceau. Actuellement nous en sommes encore au stade où nous avons beaucoup de matière. Nous attendons avec impatience le moment où nous allons poser les choses avec notre graphiste.




11. Pour conclure, d’autres projets sont-ils sur les rails ?


Magali & François : Pour le moment ce n’est pas le cas. Des petites virées sont programmées mais il est peu probable que nous repartions sur un projet aussi long dans l’immédiat. C’est super, on est très contents de l’aventure vécue, mais c’est vrai que compte tenu de nos agendas il aurait été très compliqué de réaliser la traversée sur une seule année. Aussi, découper le trip sur 3 ans c’est quelque chose, et nous avons envie de découvrir d’autres endroits où rouler. Sans partir bien loin il y a beaucoup de choses à écrire, à inventer, à explorer. De nombreuses choses nous font envie sur des formats un peu plus courts.


🔧️ Publié le 20 mars 2021

Que ce soit pour la ville ou pour prendre la route :