Girls on Bikes ep.1: Lucie 30 ans Paris

Quelques jours avant que la nouvelle du 2nd confinement ne tombe, on retrouve Lucie dans un café du 19ème arrondissement au bord du Canal de l’Ourcq. Elle vit à quelques pas d’ici, dans les tours brutalistes qui entourent les Orgues de Flandres. Il ne lui faut que cinq minutes pour nous rejoindre mais elle tient quand même à faire le trajet avec son Peugeot.

«Je l’ai depuis 5 ans, j’ai récupéré le cadre chez Emmaüs pour 20 balles à l’époque,c’était encore possible de trouver de bons trucs à ce prix-là. Je l’ai monté moi-mêmeen me faisant aider par le Bicycle Store, j’ai rajouté une Brooks, j’ai acheté mesroues chez un autre mec...»


Lucie fait tout à vélo. Et ça ne date pas du boom qu’on observe à Paris depuis le Covid-19. Plutôt de son enfance passée à Bordeaux: là-bas, les vélos transportent depuis longtemps les jeunes et les moins jeunes. Un ballet cycliste dans la ville qui fait partie du décor.


«Ados on faisait tout à vélo. On allait au collège, au lycée, les sorties du weekend aussi. Les premiers c’étaient des Décath’ qui trainaient à la maison, parfois laissés là par des amis de la famille. On mettait notre vélo dans le train, on partait à Arcachon et on filait sur les plages, pareil à Lacanau. Ça c’est pour les premières sensations. On vivait avec ça comme beaucoup de gens en région.»


Elle emménage à Paris à 18 ans et ne se voit pas du tout abandonner le vélo pour les transports en commun. Elle se met à chiner, s’intéresse à la mécanique, à la réparation et à l’upgrade: Lucie apprend à tout faire par elle-même en observant le travail des bikeshops qu’elle fréquente. Le neuf ne l’intéresse pas beaucoup.


«Très vite j’ai aimé les vélos vintage. Les vieux Lapierre, les Peugeot… Après vélo ou pas, j’achète rarement neuf : je chine, je répare, je revends. C’est d’abord un plaisir mais on a compris que ça devenait nécessaire. Mon premier vélo à Paris c’était un vieux vélo de ville, un pote avait fabriqué des franges en cuir qu’on avait accrochées au guidon, façon biker.»


Le boom des vélos à Paris est une bonne nouvelle pour Lucie, elle qui pédale à Paris depuis plus de dix ans: «J’avoue avoir été un peu snob au début avec les Vélib’. Evidemment il y a plein de gens qui n’avaient jamais fait de vélo avant, ça donne des situations marrantes sur les pistes et les aménagements sont pris d’assaut par de nouveaux profils mais ça va dans le bon sens.»


Tout ce monde, ça crée parfois des situations de tension et beaucoup de filles se plaignent de machisme de la part de certains cyclistes ou d’automobilistes : «Du machisme ? Oui, mais pas plus qu’ailleurs. Je me fais respecter.» Elle a quand même rejoint le groupe Facebook Girls on Wheels… «Un safe space bienvenu. Mon ex, fan de fixie, avait un club, c’était pas interdit aux filles mais il n’y avait que des mecs… Spontanément, je n’y allais pas. Alors qu’il y a toujours eu plein de filles qui pédalaient à Paris.»



Le temps de régler les cafés, de prendre quelques photos près du parc de la Villette et Lucie nous dit au revoir, elle a une réunion à distance dans vingt minutes. Elle remet son masque, monte sur sa Brooks et file derrière les ponts rouillés du canal. La vie en 2020.

🔧️ Publié le 20 mars 2021

3 vélos pour les filles et pour les garçons aussi :